La répétition de poussées de lymphangite aiguë entraîne un
épaississement fibreux de la peau et du tissu sous-cutané qui, à la
longue, peut donner des déformations monstrueuses appelées
"éléphantiasis".
Avant la Seconde Guerre mondiale, aucun traitement médicamenteux
ne donne de résultats satisfaisants: iodures, dérivés mercuriels ou
arsenicaux, sérum antistreptococcique, électro et radiothérapies.
Seule, la chirurgie réduit les invalidités affligeantes des membres et
des organes génitaux par ablation de cette masse fibreuse pour rendre
au patient son agilité et sa virilité.
Lemoine*, le premier, à Tahiti, en 1910, pratique "quelques
interventions palliatives". Il procède à de vastes résections cutanées
dites "en tranches de melon". D’autres techniques sont tentées puis
rapidement délaissées, tels le drainage externe de la lymphe ou les
anastomoses lympho-veineuses...
Au niveau du scrotum, il s’agit d’exciser la peau après avoir
dégagé les testicules et la verge puis de détacher la masse fibreuse
d’un bloc. Un premier obstacle est le volume de ces masses scrotales,
parfois monstrueuses. La difficulté stimule l’imagination des
chirurgiens. Certains suspendent cette masse à une poulie fixée au
plafond. Guyomarc’h*, vers 1910, en AEF, commence par une grande
incision médiane qui partage la pièce en deux parties symétriques.
Puis, il dégage les testicules, le pénis... C’est l’époque héroïque, le
malade est sur un brancard, l’intervention dure une trentaine de
minutes. Le patient est heureux de revoir sa verge et de retrouver une
activité sexuelle. Repris par Bernard* en 1911 et par Ouzilleau*, ce
procédé est longtemps utilisé. Ce dernier auteur écrit en 1913 : "Nous n’avons eu que 4 échecs sur 182 opérés". Hélas ! la récidive est la règle, à plus ou moins brève échéance.

Éléphantiasis du scrotum (avant et après opération)
Pour l’éléphantiasis des membres, après la Seconde Guerre
mondiale, l’accord se fait sur les techniques bien codifiées. Les
chirurgiens coloniaux utilisent celles de Servelle ou de Gibson et
Touch (Bézes).
Pour corriger la chylurie filarienne, la résection des collecteurs
lymphatiques du rein concerné, proposée en 1964 par L. Léger, est
utilisée avec succès en particulier à Tahiti par Fouques*, Huet*,
Montangerand* et Roch* en 1967.