Arthur Cravan
Car si j’avais su le latin à dix-huit ans je
serais empereur
Je me lève avec les laitiers
dans mes tours de verdure
celui de nous deux qui a le plus de vif argent
dans les veines (vérole)
j’ai passé ma langue sur leurs yeux (les
femmes)
je mangerais ma merde
et de la poussière d’empereurs j’en ai eu dans
les yeux
l’air porte déjà nos membres (aviation)
flotte mon bleu veston (bleu)
j’ai rêvé d’être assez grand pour fonder et
former à moi seul une république
j’ai rêvé d’un lit qui flotterait sur l’eau et
plus vulgairement de dormir sur des tigres
je suivais le mouvement des brumes sur le
théâtre des plaines et des vallées où les plants en rectangle de raves et de
choux formaient comme de vastes tombeaux
mon âme... stationne sur les trottoirs
(à propos de la guerre) j’aurais eu honte de me
laisser entraîner par l’Europe
qu’elle meure, je n’ai pas le temps
loin de mes frères et loin des ballons
j’aime
j’ai vingt pays dans ma mémoire et je traîne en
mon âme les couleurs de cent villes
il y a danger pour le corps à lire mes livres
mes pensées comme des boas
nous, les modernes, ce que nous avons dans le
cœur ferait sauter un fort
que je vole aussi loin en suivant vos vestiges
suis-je quelque part
dans mes tours de verdure
je me retire sous les fougères
...et je viens à toi sur un beau
transatlantique
mes cheveux blonds, colon, loin de ballons
Dans le blond Maryland et loin des ballons à mon auriculaire
je respire à outrance également étoffe
Honnête je sais l’être et voleur je le suis
Mon cœur, prenons un galop, je serai
millionnaire
Je me lève londonien et me couche asiatique
J’ai remis ma ceinture de
riche et pauvre, l’argent m’a fait goûter
l’ennui rare et le frais désir
je traîne en mon âme des amas de locomotives,
de colonnes brisées, de ferrailles
l’éphémère en moi a des racines profondes
quand je vois quelqu’un de mieux habillé que
moi je suis scandalisé
mes jours de nageur
je suis brute à me donner un coup de poing dans
les dents et subtil jusqu’à la neurasthénie
Qu’il vienne celui qui se dit semblable à moi
que je lui crache à la gueule
mon art qui est le plus difficile puisque je
l’adore et que je lui chie dessus
je te donnerais des ascenseurs d’or
rhinocéros, grosses chaudières, mes frères en
épaisseur
quand je pense que j’ai trente ans je deviens
sauvage
quand j’ai fait la noce j’entends la voix des
dictionnaires...
je suis peut-être le roi de quelque chose
Mon âme en sa passion embrasse l’âge de pierre
je fais avec fureur...
ma jeunesse hennissante
oxygène, je sens que je suis rose
Arthur Cravan
les plants de (carottes) en forme de tombeau
la pensée sort du feu
étoiles
plus vierge et plus furieux
chair des chiens
gelée blanche, frimas, givre
celui de nous deux qui a le plus de vif argent
dans les veines (vérole)
la lune la lune dorée
la Tour Eiffel plus douce qu’une fougère
l’air porte déjà nos membres (aviation)
l’heure sérieuse (le soir)
le mouvement des brumes
électrosémaphore
les porcs secouer leur torpeur
les télégrammes
l’eau bleue de la pluie, l’averse
les coccinelles poudreuses des musées
il neige sur les bancs vides
tous ces fruits promis à l’automne
le soleil d’argent de l’hiver
le vent soulève la poussière des Césars
le navire universel
renouvelle les roses
sur les vaisseaux d’Asie et les doux éléphants
soupireront la majorité des femmes
cerveau gras, esprit qui raie le verre
nous, les modernes, ce que nous avons dans le
cœur ferait sauter un fort
le soleil
la lampe sublime du soleil
régions pétrolifères
et toutes les étoiles tournent et roulent sans
bruit de transmission
Retiré
les astres roulant chantent comme une limousine
au pied des pins
les fantômes des gares
embouchure
loin des ballons, viril
colon
l’esprit d’indépendance
compte courant
enthousiasme
pendant la belle saison
nickel
L’ennui
Les folies de la lune excentrique d’avril
Grand garçon
établi sous les planches
chenapan
tempérament
londonien, monocle
fureur et furie
scrupuleux
musclé
renflements
salons aristocratiques
les vases et les médailles
le grec
principalement
prétuberculeux
arcs voltaïques
l’espace interdigital
rosiers multiflores
échantillons
quantité de lettres s’égarent en ce moment
pseudo-Lloyd, plume d’or
soi-disant
les yeux en coulisse
le blé vide lève la tête
voici l’enfant, l’homme et la femme
heureux d’être né
la plus grande machine à faire des vers
jeté sur la côte du Japon
les reines de l’aquarium (poissons)
double cœur, quadruple cerveau, colosse rose et
miroir du monde et machine à faire des vers
assis comme un joueur de guitare
homme, vieillard, jeune fille, enfant et bébé
abstrait et polisson
yeux de femme, cou de taureau
grand déferré
vipère et chou
Les lions sont morts...
sphères...
mélancolie athlétique -
Seins, nichons, éléphants de douceur
Merde, vache, charogne de Dieu
Néron du parterre
torrents de souvenirs
chimères du printemps
et changer de chemise
les mortes de couleur
dans l’air assaini par les volcans
colosse blond, géant blond
Philadelphie
ligne, service
fougère souveraine de la Tour Eiffel...
amour, avril, perché sur les échelles
derrière les fabriques
chaudière des locomotives
Vénus dans les jardins
bombe aveuglant les drapeaux
poumons
Réellement des électro-sémaphores
les cyclistes, les bielles
trafic des cuirs
intense
externe
épiderme
...brillait sur la face des gares
jouer dans le Maryland
...jusqu’à, dans la racine des yeux
fumée, vos joyeux tourbillons
les veilles...
des fabriques
lancer des cailloux
vers portés neuf ans comme l’éléphant
barbouillé de soleil
les pâturages de la lune
l’aurore changeant la robe des glaciers
cravan adaptation lucille calmel myrtilles 1998
– pour diane peltier et édith baldy