A chaque giclée de foutre que tu prendras dans la
gueule, je te donnerai cinq dollars/
En plus de la rétribution dont nous avons déjà discuté
-montant net qui te reviendra quoi qu’il puisse arriver pourvu que tu laisses
tous les hommes que je ferai entrer ici te baiser par tous les trous/
ces cinq dollars par giclée, c’est donc du rab pur et
simple ; suffit que tu prennes tout sur la tronche. En clair/
: si un pue-la-sueur de nègre décide de déconner,/ de
dégainer comme un porc/ et de se retirer de ta chatte parce qu’il est à deux
doigts de gicler/ à force de t’avoir besognée/ tout son saoul,/ pour plaquer
ensuite son bas-ventre à ta tronche,/ se branler dessus/ et te jouir à la
gueule, tu touches un rab de fric./ Même chose pour les mecs que tu laisseras t’enculer
ou que tu branleras à mains nues. Evidemment c’est aussi valable pour ceux qui
te prendront d’entrée de jeu par la bouche/ et qui s’en tiendront là./
Aucun de ces hommes ne te fera de mal./ Ils seront un
peu plus d’une vingtaine. Et tous entièrement nus. Tu vas devoir être
dynamique, et ne monter aucun signe de fatigue. Plus vite tu les auras épongés
mieux ce sera. Lèche leur foutre, nettoie-les bien./
Laisse-les te gifler le visage à grands coups de bite.
Enfourne leur couilles. Et, si tu les laisses éjaculer sur ta langue ou, si tu
préfères, sur ta bouche bien fermée, tu te feras encore plus de fric./
La sueur, ce n’est pas un problème. Il y aura des
serviettes à portée de main. tu seras trempée, imprégnée de leur sueur, comme
de la tienne. Tes cheveux en seront imbibés et te colleront au visage et à la
nuque, tout filasses, humides, chauds et désagréables./
N’essuie surtout pas leur foutre. Sauf si tu en reçois
dans les yeux./ Si, par exemple, alors que t’es allongée sur le dos, la langue
bien tirée, quelqu’un te balance la purée sur la langue et au visage/ et que ça
t’éclabousse tout partout ; le menton, les joues, la gorge et les lèvres/
-laisse-le là, laisse le sperme dégouliner et se mélanger au reste/ : de belles
grosses flaques de foutre qui t’aspergeront le visage et les seins. Laisse tout
bien visqueux, bien gluant.
Ce sera vite terminé./
Plus on te jutera sur la gueule et mieux ce sera pour
toi, car tu toucheras un max de fric dès que ce sera fini./
Les bites qui te pénètreront par le vagin ou par l’anus
porteront des capotes. Nous incitons les hommes à retirer ces préservatifs au
moment où ils vont jouir, et à jouir dehors, à l’air libre./
Tout ceci sera filmé./ Le contenu des capotes, lorsque
les hommes auront joui /dans ton con,/ dans ton cul,/ ou même dans leurs
mains,/ alors qu’elles étaient encore enfilées, sera déversé sur tes seins,/
sur ton cul/ ou dans ta bouche./ Tire la langue, renverse la tête en arrière et
laisse le type tordre et essorer la capote au-dessus de ta bouche./ Ouvre-la
bien grand, au maximum, et tire la langue, le plus possible./
Le type comprimera de ses doigts, en les faisant glisser
d’un bout à l’autre, le ballonnet de caoutchouc qui pendouillera au-dessus de
ta bouche béante, pour en extraire la moindre goutte de foutre et la faire
glisser dans ta bouche. Attends bien sagement jusqu’à ce qu’il ait secoué la
toute dernière goutte. Sauf si tu suffoques, dans ce cas incline légèrement la
tête de côté et avale. Déglutis. Si tu peux, garde le foutre un moment sur ta langue
pour laisser à la caméra le temps de faire un gros plan. Et, également, pour
donner à l’air le temps de tuer le virus HIV, si jamais il s’en trouve. Ce qui
n’est jamais le cas, j’en suis absolument persuadé, alors tu n’as vraiment pas
de quoi t’inquiéter. Quand tu ramènes la langue dans ta bouche tu avales. Ou
encore, de la pointe de la langue, tu repousses le foutre hors de ta bouche et
tu le recraches en le laissant ruisseler sur ton menton et ton cou. Ça te
vaudra également cinq dollars de rallonge./
Le montant a son importance dans la négociation, pas
vrai ?
Vous en voulez le plus possible. Vous en voulez pour ce
que vous valez. Ou pour ce que vaut l’acte. compte tenu du temps de travail
, du marché et
de ce que ce fils de pute va en faire.
Mais à la vérité elle le fera, de toute façon. Ce
n’est pas une question de prix. La décision est quasiment déjà prise. Le fric n’arrive
qu’ensuite... Tout dépend de ce qu’on aura réussi à lui faire gober, des
détails qu’elle aura retenus, de ce à quoi les types auront droit, le loyer de
la piaule, le matelas et tout le matos. Bière - mais pas trop - coke, jus
d’orange, poppers, vaseline et pizza.
Le maquillage. La culotte que tu as achetée. Cette
saloperie de string qui te sort de la raie du cul dès que tu baisses ton
pantalon. La tache d’alcool et la gorgée que tu as sirotée, et le miroir dans
lequel tu jettes un coup d’œil en passant. L’émission de télévision que tu
décides de ne pas regarder, la drogue que tu décides de ne pas prendre
maintenant mais plus tard, sinon jamais.
< Tout ce qui te constitue, chaque jour. Ces petits
instants fugitifs, plutôt que ceux qui durent.>
Le chemisier qui en jette le plus. Couper le bout de ce
tampax, ou bien penser à s’en servir comme d’un prétexte. Les talons aiguilles
qui compriment tes cors et te font des mollets durs comme des briques. Ta
manière de trottiner ou de te trémousser pour que tes fesses n’aient pas l’air
trop molles. La façon dont tu fixes le néant juste avant qu’on te paie, et
encore un peu après. Le petit renflement de ton estomac et tes abdominaux, que
tu parviens à rentrer ou a relâcher, selon l’heure de la nuit. Ton lumbago.
Cette rasade de bourbon démarquée, si capitale, ou bien ces draps de flanelle
qui n’ont qu’à peine servi.
Je te refile dix dollars pour mater tes nichons.
Remonte seulement ton haut. Je veux juste mater, pas toucher. Je peux le faire
moi-même, si tu veux.
C’est juste du foutre. Ça ne tache pas.
Voilà ce que tu es. Ce que tu es devenue. A quel
point tu t’es dépréciée. On peut t’avoir à vil prix. Voilà tout ce que tu as à
offrir.
/Quelle partie exactement de la femme viole-t-on ?/
La nuit, quand je constate en rentrant chez moi, que
l’ampoule du vestibule est grillée, l’effroi que je peux ressentir n’est en
rien comparable à celui qu’éprouvent, exactement dans la même situation les
femmes de cet immeuble.
Traînée dans quelques ruelle ou sur la banquette
d’une quelconque bagnole, dans une entrée, avec le crâne gluant de sang , le
larynx broyé, à moitié morte le vagin et l’anus défoncés dilatés engourdis sans
vie et offerts.
Entre elle et moi - la peur qu’elle a ressentie puisqu’elle
est naturellement plus faible et plus vulnérable de constitution,
et qu’elle a malgré tout pris la décision de gravir toutes ces
marches à tâtons, à l’aveuglette, en ne se guidant qu’à la seule
rampe. Le verre de trop qu’elle n’aurait pas dû boire. Le loyer
légèrement plus élevé qu’elle aurait dû consentir à débourser,
pour vivre dans un quartier un peu mieux famé.
Ses nichons, ses lèvres et la couleur, le contact au
toucher et le choix de ses sous-vêtements. Le temps qu’il m’a fallu l’attendre.
Sa mauvaise étoile. La décision qu’elle prend de se plier docilement aux ordres,
ou les conneries qu’elle va bredouiller. L’effet que ça me fera de la
regarder saigner. L’envergure de l’entaille dans sa chair, et la
bouteille dans ma main.
Bon, maintenant en leur exposant vos intentions,
est-ce que ça reste encore un viol ?
Serait-ce la vente de la cassette, son achat ou bien
encore la relation qui se noue dans un marché de mode patriarcal ? Le viol
consiste-t-il à prendre plus que ce que la catin avait à offrir, ou plus que ce
qu’elle avait prévu de vendre ? Ou bien réside-t-il dans le fait d’avoir obtenu
tout ça à si vil prix ?
Relève-toi et bouffe-moi la queue. Lèche,/ suce pas
Jamie Gillis garde sa caméra vissée à son œil et
contemple, à ses pieds, la pute nègre. Il lui propose une rallonge de cinq
dollars, si elle accepte de prendre son étron dans sa bouche et augmente
graduellement la mise si elle accepte de mâcher, puis d’avaler. Fais-moi voir.
Tu as le droit de gerber. Du moment qu’on voit.
le tarif préalablement convenu c’était pour lui chier
sur la poitrine. Et ensuite voir venir.
Lorsqu’on voit cette vidéo. et qu’on voit cette jolie
fille avec ses beaux cheveux blonds, ses grands yeux limpides et brillant, ses
joues roses et fraîches ; regardez et voyez ce qu’elle et devenue. Et essayez
de savoir si nous ne sommes pas devenus tous pareils ? Si ça ne nous tue pas.
Parce qu’elle se métamorphose sous nos yeux, au fil du déroulement de cette
cassette. Qu’elle change peu à peu, en l’espace d’une vingtaine de minutes, de
ces vingt minutes pendant lesquelles l’objectif de la caméra est braqué sur
elle. Regardez-la devenir moins que rien, regardez son corps se flétrir, se vider,
se recroqueviller et mourir.
Cet homme qui au cours de ces vingt minutes précises, la
besogne, la ramone, enfonce sa bite en érection dans son vagin, lui malaxe les
seins et éjacule en définitive sur son dos, n’est pas celui qui l’a tuée. Cette
grosse pine bandante était celle d’un stupide étalon de louage. A qui l’on
explique ce qu’il doit faire. A qui l’on a payé son temps, son plaisir, la part
de complicité qu’il a prise dans sa mort.
Elle l’étreint, après ça, elle l’embrasse et il la
serre contre lui.
Du bon boulot. Bien fait. Un boulot à présent achevé et
filmé, qu’il pourra conserver, emmagasiner, montrer à ses amis pour les
impressionner, pour en discuter, ou juste pour se branler dessus.
On peut mettre la vidéocassette sur pause, à présent.
Arrêt sur image : -Sur son corps chosifié, maigrichon et bien fait. -Jolis
seins,
-ferme croupe d’adolescente. -Toison blonde,
broussailleuse mais propre, -adorable sourire qui reste accroché à ses lèvres
pendant qu’elle taille cette pipe, comme une chienne.
Tout est là, sous vos yeux. Instructions et angles de
prises de vue mécaniques, fastidieuses empoignades, coups de boutoir,
expressions convenues du visage pendant qu’on tire ses cheveux en arrière pour
mieux voir ses nichons.
Imaginez un peu le canon de ce revolver, coulissant dans
sa bouche au lèvres crispées, la ramonant.
Figez l’image sur ce bref et ultime arrière-goût d’acier
lisse et chaud, au fini noir, ce bois qu’on tripote et cette détente que la
molle torpeur induite par la came rejette en arrière.
Ce foutre pris en gros plan dégouline comme un petit
filet de sang. En moins spectaculaire. Moins charnel, moins physique, moins
visqueux lorsqu’il gicle suinte ruisselle se répand.
De nos jours, on peut véritablement se branler sur
les photographies de la scène d’un meurtre. Sur cette tête et sur ce visage, et
sur l’orifice de sortie de la balle qui a éclaboussé tout le mur derrière. Un
écran de télévision sur lequel s’éparpillent des images dont la destination
finale est un unique petit orgasme/ arraché manuellement.
Ce soir, c’est au tour de sa petite gueule de se fendre
en deux.
Hier, c’était à celui de ses petits nichons frétillants
et de ses petits mamelons effrontés, durs, roses et vierges d’égratignures.
Couverts de sang coagulé, avec cette petite crispation douloureuse du bas
ventre que je n’avais encore jamais remarquée.
J’ai observé ma sœur grandir. Je possède une cassette
vidéo d’elle. Elle ne sourit pas. Elle est en colère. Il n’y a pas de son. Et
on ne voit que son visage ; elle a aux alentours d’une douzaine d’années. Je me
souviens l’avoir regardée se masturber.
Elle était accroupie dans une baignoire, uniquement
remplie au quart d’une eau tiédasse et grisâtre. Elle se caressait la vulve,
assise sur les talons. Elle vient tout juste d’avoir ses règles si ça se
trouve.
Tu n’aurais pas envie que quelqu’un d’autre te le fasse
? Le concept de partage t’est-il déjà intelligible ? Comprends-tu ce qui
distingue un viol d’un coup que tu as envie de tirer, que tu désires ardemment,
sur lequel tu as longuement fantasmé, qui te fait baver d’envie ? Prise.
Montée. Démontée. Essuyée.
Est-ce que tu as piqué un fard, est-ce que ton ventre
s’est serré, est-ce que tes tétons ont durci ; as-tu joui ?
Quand tu auras treize ans. Quand tu n’étais encore
qu’une ado. Quand tu auras l’âge légal. Quand tu seras quadra. Quand tu devras
finalement t’en remettre, pour vivre, au plus âgé de tes enfants, quand tu
deviendras encombrante et exécrée, devant un gâteau d’anniversaire, pour la
énième fois.
Tu peux bien me le dire.
Je t’ai vue.
Tu ne sais pas à quoi tu joues. Ni avec quoi.
J’ai déjà vu des corps comme le tien. Je sais à quoi tu
vas ressembler. La chair qui se répand, l’embonpoint, les prises glissantes et
le flan tremblotant. Ton embarras criant. tes maladresses, tes erreurs
Te sens-tu gênée quand tu ne portes rien sur toi ?
Sais-tu ce qu’est la virginité ?
Ce qui se passe quand ?
Qui a bien pu rendre ça si douloureux ?
Qui t’a fait souffrir ?
Qui t’a fait mal ?
Est-ce que tu détestes maman ?
Est-ce que tu détestes la voir partir ?
Sais-tu où elle va ?
Aimerais-tu goûter un truc vraiment délicieux ?
Sais-tu ce qu’est l’amour ?
Et le sexe ?
La came ?
Est-ce que tu t’amuses bien sur la plage ?
Tu aimes ton petit maillot de bain brillant ?
Pour qui le portes-tu ?
Tu te sens jolie, là-dedans ?
Désirable ?
Tu crois que maman est fière de toi ?
Ça te plaît ?
Tu veux faire plaisir à maman ?
Tu t’en sors ?
Tu as tout ce que tu veux ?
Tu sais pourquoi ta mère a cette dégaine ?
Sais-tu que tu as de bonnes chances d’avoir exactement
les mêmes rides et les mêmes taches aux commissures des lèvres, le même dessin
de la bouche, les mêmes pattes d’oie, fanons, rides marquées, les mêmes chicots
usés et ravagés par les amphés ? Le sais-tu, chérie ?
Quand je regarde cette cassette, c’est ta mère que je
vois. Et quand je vois ta mère c’est toi aussi que je vois.
Qu’est-ce qui est bon pour toi ?
Qu’est-ce que tu aimes ?
Qu’est-ce qui peut bien te faire sourire ?
De quoi te souviens-tu ?
Qu’est-ce que ça représenterait, pour toi de faire très
exactement tout ce qu’il te plaît ?
Qu’est-ce qui te plairait, d’ailleurs ?
Qu’est-ce que le sexe sans l’amour ?
La pornographie sans l’humanité... sans une
conscience un peu précise, si ténue soit-elle, des relations humaines ? Sans
l’empathie ?
Quelles sont tes chances ? Aujourd’hui ? Celles qui te
restent ?
Qu’est-ce qui est plus... naturel... la jouissance ou
l’échec ?
Quel âge as-tu ?
Je ne crois pas un seul mot de ce que tu racontes. Je
crois, en revanche, que toute cette petite comédie -que l’histoire entière de
ta vie- tient à ce que tu as vu l’un après l’autre tous tes beaux plans se
fracasser, pour une seule et bonne raison : parce que tu n’avais pas le choix.
Que les choix qui s’offraient à toi étaient des plus
réduits. Que toutes les décisions que tu as pu prendre n’étaient que des
prétextes, de foireuses excuses. Que jamais tu ne pourras refaire surface.
T’aurais dû te faire avorter.
T’as l’air crevard, comme ça.
T’aurais dû serrer les cuisses.
T’aurais dû avoir quelques neurones de plus.
T’aurais dû naître dans la peau d’un mec.
T’aurais pas dû fumer cette cigarette,/ boire ce dernier
verre,/ ce préservatif aurait dû être plus soigneusement inspecté.
T’aurais pas dû croire à l’amour,/ à la luxure /ou à une
seconde chance.
T’aurais dû décamper.
T’aurais dû y réfléchir un peu plus sérieusement.
Tu devrais pas parler comme ça.
Tu devrais pas avoir de telles pensées,
ça fait qu’empirer les choses.
Faut que tu te sortes de ce merdier.
Tu veux te faire encore un peu de fric ?
Ça au moins tu le sais.
Tu as besoin de pognon -/pour toutes ces raisons/- pour
acheter toute ces choses que tu dois à présent acheter.
Il t’en faudrait davantage.
Tu l’as bien mérité.
T’as plus qu’à t’y coller.
Tu veux te faire du fric ?
A toi de voir.
Tiens moi au courant.
J’ai là cinq petits gars-/ils aimeraient bien que tu
avales leur foutre/, bien propre/ bien sain, /que tu le bouffes à en remplir à
ras bord ta petite gueule de femme enceinte./
Ton putain de chiard en saura jamais rien.
Y a un certain public pour ce genre de choses.
Tu veux essayer ?
Comme tu veux.
T’es libre.
“Il m’arrive parfois de songer au centaines de milliers,
sinon aux millions d’hommes (sans compter quelques femmes) qui se sont branlés
sur des photos de moi. Et de me demander quel retentissement, sur un plan
purement métaphysique, ça aurait pu avoir sur ma vie. Peut-être aurais-je pu le
ressentir physiquement. Je ne suis sûre de rien, mais je veux croire que mon
existence en a été enrichie.”
“Ça craint vraiment d’avoir un flash-back en scène. Un
jour, un type m’a craché une pleine gorgée de bière au visage et ça m’a rappelé
la fois où on m’avait violée quand j’avais quinze ans, et où ce type m’avais
éjaculé en pleine figure”
Cette connasse tournait en rond en rampant comme un
cancrelat ; comme un cafard écrasé et paniqué cherchant un recoin douillet où
se cacher ; paniqué comme si quelqu’un avait allumé la lumière un peu trop
vite.
A quatre pattes, les cuisses jointes et serrées, en
appui sur ses bras tendus et raidis.
Tout ce qu’on sait c’est qu’elle n’a pas été agressée
par un homme seul. mais par toute une bande.
T’es qu’une pauvre conne.
Tu veux que je te dise comment nous savons qu’elle a été
agressée par toute une bande de mecs ? C’était une vraie serpillière à foutre.
Elle était couverte de bière, de sueur de bière, de foutre et de pisse
empestant la bière. Tu te dis sans doute qu’elle méritait mieux ? Nous le
savons par les estafilades, les excoriations et les écorchures, par les
griffures, les empreintes de dents, les coupures infligées par le papier, les
bleus et les ecchymoses qui vont en s’élargissant aux endroits où on l’a
empoignée, et les hémorragies internes. Il y avait les empreintes de pieds qui
avaient trempé dans le sang et la graisse, tout barbouillés de merde et de
bière. On a retrouvé en elle l’équivalent d’un plein verre de sperme. Elle va
devoir passer un test HIV. Et d’autres encore, syphilis, morbacs, herpès,
thérapie de soutien ; prozac, morphine.
Elle est dans un triste état.
Ils l’ont prise par tous les trous tu comprends bien.
Pourquoi n’a t’elle férocement mordu l’une de ces pines ?
Elle a sucé lorsqu’on lui a dit de sucer. D’avaler la
purée, salope. Elle n’avait pas envie de crever. Maintenant, elle va devoir
endurer ses pulsions suicidaires.
Elle souffrira de flash-backs et de lésions cérébrales
et lui faudra s’adapter, faire coïncider sa nouvelle vie avec tout ce qu’elle
aura appris sur l’injustice de l’existence.
Tu sais ce que tu veux, salope ?
faut savoir ce qu’on veut, dans la vie.
De quoi as-tu envie plus que tout ?
Ils avaient du lui faire téter le calibre. C’est l’usage
dans les véritables viols collectifs. Quelqu’un avait dû lui montrer combien
cet acier chargé de puissance pouvait être à la fois brûlant et glacial, plongé
à l’intérieur de ce corps si pauvrement irrigué par les endorphines. Réveille-toi,
chérie, tout
pourrait bien s’effondrer à l’intérieur de ton petit crâne.
Est-ce que tu as des amis qui pourraient venir s’occuper
de toi.?
Te traiter décemment ? Ils l’avaient clouée au sol de
leurs poings et de leurs chaussures crottées de merde de chien : j’ignore si
c’était prémédité ; si quelqu’un avait chaussé exprès des bottes de chantier
renforcées au bout par une coque en acier, ou bien de gros écrase-merdes
d’emballeur de viande.
Sois sage, laisse la tête là, bien droite, pendant
que je la baise.
Sa terreur et sa nudité bestiale d’animal écorché vif.
l’aspect qu’offrait ses tétons. Fermes, et pas trop juvéniles, et un con bien
sain, un bas-ventre goûteux, succulent. Ses cris, ses larmes, sa pathétique
impuissance de faible femme. Ses futiles tentatives de résistance : privées de
toute vigueur, pitoyables. Et parfaites. Idéales.
Elle peut prendre des cours d’autodéfense. Suivre une
psychothérapie, au cours de laquelle on l’invitera à sectionner en deux un
godemiché de caoutchouc. Ne plus jamais aller boire toute seule. Essayez un peu
d’imaginer la prochaine fois où elle aura envie d’une bite. D’une bite ou d’un
con ; la prochaine fois où elle aura besoin de chair, de réconfort, d’évasion,
ou de pitié. La prochaine fois qu’elle s’abreuvera au jet d’eau d’une fontaine
en inox. Sa prochaine étreinte ou son prochain cri de plaisir.
Je sais pourquoi j’ai acheté cette cassette. Je sais ce
que je cherche. Et aussi à quoi ils jouent. Ce qu’ils veulent. Je sais ce qu’il
font et ce qu’ils ont à offrir. Je sais ce que je nettoie et ce que j’achète.
Ce que j’étale au grand jour, ce que je déplace et ce que je dissimule. La
réalité m’appartient. Sa vie quotidienne tout entière, et tout ce qui peut la
faire sourire, jouir ou oublier gît au fond de ma poche -que je sorte du fric
pour la payer ou que je me repasse la cassette. Cette petite demi-heure de sa
vie ; je n’en demande pas plus, chaque fois que je la regarde et que mon foutre
ruisselle sur mon poing fermé.
Ce n’est jamais qu’une image sur l’écran. D’un trou
qu’on vide et qu’on remplit, d’une boite crânienne avec un cerveau dedans, avec
lequel je me baiserais moi-même. Ne remue pas ta putain de langue. Ouvre juste la bouche
et garde-la ouverte. Promis, je ne t’étoufferai pas. Je n’irai pas trop vite.
Je sais que si j’éjacule dans sa bouche, elle se reculera, effarouchée. Je
veux voir d’autres yeux, d’autres doigts enfoncés, plus de langues et plus de
bouches. Plus de cocaïne. Encore plus de vomi, sur les larmes et sur les bleus
piètrement recouverts d’un méchant maquillage lie-de-vin pour qu’ils ne
brillent pas.
Lèche. Lécher, pas sucer. Lèche et tu auras droit à deux yens de supplément.
Elle s’exécute. Me cure la bite. Bouffe mon sida. Une bonne bouche de
travailleuse, qui engloutit, avale, pompe et fait ventouse, les joues bien
rentrées. Je me retire d’elle tout propre et récuré. Ciré à la salive. Toute la
puanteur de ma bite est restée sur sa langue, j’imagine. Elle la refoulera au
fond de sa gorge et, en déglutissant, en même temps que l’air et la salive
qu’elle avalera, elle sentira passer tout mon pognon dans ses tripes
nauséeuses. Elle pourra le ramener chez elle. Dans son appartement, dans son
réduit, dans le placard où elle se fixe, où vous voudrez. Comme elle l’a
toujours fait.
La prochaine fois, j’aurai probablement envie de
quelqu’un d’autre. N’importe qui. J’ai juste fait travailler mon fric pour moi,
je sais ce que j’ai fait, ce que j’ai payé et ce que j’ai obtenu.
-
index de peter sotos adaptation lucillec. 1999