Un autoportrait ne pourrait être que photographique, évidemment, ou en capture d’écran. J’en ai d’ailleurs des boîtes entières et des dossiers screen shot. Histoire de marquer le temps. En prose journalière aussi et diverses pelures de soi fétichisées. Le grain de la voix. Il s’agirait d’avantage ici de refiguration, puzzle recomposé de dires avec beaucoup de grandiloquence, bien sûr. Même ce qu’on hait, de soi, c’est avec complaisance. Telle est du moins l’image que me renvoie le miroir fixé par mes soins bien à la verticale, noir sur blanc.

 

(Ici une recension qui se voudrait sans fard, sans doute, donc, criblée de poses :)

 

je me mens souvent à moi-même

 

j’ai l’air dynamique alors que je suis rongée de peurs ; ainsi je m’agite souvent dans le vide

 

je suis plus complexée qu’un collège d’adolescents acnéiques à problèmes pondéraux

 

j’ai besoin du regard des autres pour vivre

 

je fais, j’ai fait souffrir des gens paradoxalement à cause de ce maudit dénigrement perpétuel que je m’impose

 

je suis pleine de blocages, de négligences ridicules (ne pas ouvrir une lettre pendant une semaine, ne pas en envoyer une autre, ne pas commencer un boulot dans les temps, etc.)

 

je suis excessive

 

sans doute à tendances monomaniaques

 

je n’ai aucune, mais alors aucune patience

 

je ne connais pas la demi-mesure

 

j’ai du mal à accepter de bien vivre le réel

 

j’ai des tendances claustrophobes

 

je somatise pour un oui ou pour un non

 

je m’accuse sans cesse de tous les malheurs du monde

(forme de narcissisme dysphorique)

 

je me targue d’une espèce de clairvoyance immédiate sur les gens qui crée des comportements assez binaires lorsqu’ils ne sont pas démesurés

 

je suis colérique

 

je peux être butée

 

je peux être « à l’emporte pièce »

 

je peux être de mauvaise foi (tellement fière de mes talents rhétoriques…)

 

je peux être cruelle

 

je peux prendre plaisir à ma cruauté

 

On pourrait ajouter la passion (en général) et la fascination de la mort, par crises. Le bleu du ciel est plutôt noir, à l’œil. Une certaine inadéquation au décor de la réalité. La multiplicité des facettes, aussi. Ne plus trop savoir qui parle avec qui. Tout ça dans la même tête.

Laure signe ainsi souvent Alure par dyslexie ordinaire, apparence et vitesse (orgueil et précipitation) + une faute qui froisse le drapé, amputation d’une aile histoire d’être sûr de ne pas voler trop haut, voire de rester à terre. C’est un prénom familier, donc transparent et sensible pour de meilleures incrustations romanesques jusque sous les ongles. Conjonction de Laures de l’archétype à l’annuaire. Se laisser prendre au je serait vraiment trop facile. L’al(l)ure désigne également l’orientation d’un navire à voile par rapport à la direction du vent. Ou comment travailler avec et contre le fil de l’eau.

 

Puis,

 

Restent ma bibliothèque, ma discothèque et mon état civil.

 

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autoportrait laure limongi montpellier .lacooperative juillet-août 03